Au sujet de l'exposition “Féminins Pluriels #09” à La Confection idéale, Tourcoing

Féminins singuliers.

 

Féminin. Féminité. Femme.

Prononcer ce mot de femme, le lire pour la première fois et le prononcer « fème ». 

L'homme de toute sa hauteur absolue et autoritaire, crainte par l'enfant, hausse le ton pour rectifier d'une voix dure.

 

 

Derrière la fème se cache la femme. 

Comme une trahison, ce mot de (notre) sexe (genre) féminin se dérobe à la lecture. 

Nous sommes trahies par ce mot qui nous dit si mal. 

Car la féminité découle de cette femme infâme, cette en-\fam\, en-la-femme, son pêché originel collé à la peau pour l'éternité, prétexte et justification de son humiliation et son écrasement depuis des siècles. Cette femme coupable depuis l'Histoire écrite des hommes, cet être sans âme, ce corps maudit, survit avec endurance dans un monde créé par et pour les hommes.

Exister dans un monde d'hommes exige des stratégies.

La féminité est un questionnement sans fin. L'artiste que je suis s'est longtemps posé la question de l'androgynéité pour se cacher de cette féminité accablante. 

 

 

 

À l'injonction de la féminité je réponds Je suis.

 

 

 

Dans cette ancienne bonneterie, dans ce lieu où, dans un rapport direct au corps et au regard, flottent les visions fantômes de nudité et sensualité féminine, où le corps vient à s'exposer et se couvrir (être couvert), se cacher (recouvert), se brider (corseter), j'ai choisi d'exposer Je suis. (il ne sera pas question ici de l'idée de lingerie comme attribut de la féminité).

Un Je suis que mes mains d'artiste, mes mains de femme infâme accrochent avec soin sur le mur de béton pour la photo.

Là, Je suis en toute intériorité et plénitude dans l'être, dans le rapport de moi à moi-même. 

Les jeux d'ombre et de lumière permettent la lecture des empreintes de caractères typographiques dans le papier épais de cette litanie incantatoire, cette auto-persuasion, cette quête.

Je suis moi, Je suis cette femme, « je suis » une femme, « je suis » la Femme, invisibilisée mais présente, inaudible mais hurlante. 

Celle qui déconstruit pour reconstruire son identité, entraînant dans son sillage les questionnements multiples autour du genre.

 

Emmanuelle Bec

Paris, janvier 2021