Emmanuelle Bec ancre sa pratique dans le dessin et le travail d’écriture. Par ses recherches autour de la déstructuration-restructuration du dessin, elle définit un langage formel dans un rapport étroit au geste. Ainsi elle obtient des formes issues de superpositions de couches de graphite, de traits inscrits dans la matière du papier, de traces, d’effacements. Le dessin émerge alors comme une révélation photographique : dans l’espace blanc du papier, des formes anguleuses ou organiques s’ouvrent et se déploient de façon dynamique dans la série Délivrances ou se posent en bloc dans les séries HOME2 ou Vestibule.

 

 

Elle fonde son travail sur le corps sentant (d’après Merleau-Ponty) et sur la question de savoir comment les idées prennent corps pour exister dans le monde en tant qu’objets tangibles. Son travail tend au dépouillement dans sa forme et s’affranchit de la représentation.

 

 

Auparavant organisé en séries centrées sur le dessin, le travail d’Emmanuelle Bec est en phase de transition. Il se construit de manière transdiciplinaire suivant les exigences du propos et se manifeste aussi par la vidéo, l’installation, l’expérimentation sonore. Il intègre avec plus de radicalité que précédemment les problématiques de féminité et d’androgynéité comme stratégies de positionnement social et professionnel. Cette question d’androgynéité, sous-jacente à la forme même de son travail, s’accompagne aujourd’hui d’un questionnement sur le principe de recherche de stabilité dans le déséquilibre. 

 

 

Le processus de travail est, en outre, partie prenante de l’œuvre et une position réflexive sur la technique employée est une constante. Dans la série Vestibule, un processus d’écriture, à la main, de citations, listes de noms, écrits personnels, forme des blocs par la répétition et rend l’ensemble du texte illisible. C’est la dialectique entre l’œuvre et son cartel qui va livrer le contenu du bloc car le titre reprend le texte de l’œuvre. Dans un rapport de la métonymie à l’absurde en passant par le paradoxe, œuvre écrite et cartel prennent des détours pour rendre manifeste une réalité difficilement saisissable : l’invisibilité sociale des femmes.

 

 

Ainsi, dans un rapport du corps en porosité au monde, Emmanuelle Bec interroge la matérialité des idées par la mise en place des images et du texte dans l’espace, entre les notions de mémoire et d’altérité. L’artiste a l’ambition de prendre la place (forte) en tant que femme-et-artiste, artiste-et-femme et d’y inviter les femmes à prendre la leur. 

 

Carte blanche à Emmanuelle Bec à la Galerie 18 • vue de l'exposition • série HOME2 • dessins au graphite
Carte blanche à Emmanuelle Bec à la Galerie 18 • vue de l'exposition • série HOME2 • dessins au graphite